Le style Broders, une géométrie au service du voyage
Quand on regarde une affiche signée Broders, on remarque trois choses simultanément.
La palette. Broders aimait les terracotta, les ocres, les bleus profonds, les verts d'olivier. Sa Côte d'Azur n'est jamais le bleu turquoise des cartes postales modernes. C'est un bleu plus sombre, presque mat, qui accroche la lumière. Cette palette terre cuite et bleu de nuit fait partie de l'ADN de l'affiche vintage française, et nous nous en inspirons directement.
La composition. Broders cadre comme un photographe d'aujourd'hui. Il met souvent un personnage en premier plan, dos à nous, regardant le paysage. Cette technique a un nom en cinéma, le plan d'invitation. Le spectateur se projette dans le personnage et regarde le paysage par-dessus son épaule. C'est exactement l'effet qu'on cherche quand on accroche une affiche de voyage chez soi, se transporter.
La stylisation. Broders ne dessine pas tout à fait Art déco, ni tout à fait Art nouveau. Il invente une géométrie souple, où les courbes des collines et les arrondis des baies dialoguent avec les verticales des cyprès. Ses palmiers ont une silhouette presque héraldique. Ses villas ne sont jamais détaillées, trois fenêtres, un toit en tuile, un balcon, et l'on a Bandol ou Cassis sans aucun doute possible.
Les destinations emblématiques signées Broders
La Côte d'Azur, son territoire de prédilection
Si Broders est connu mondialement, c'est d'abord pour ses affiches méditerranéennes. Cassis et ses calanques blanches, Bandol et son port de pêche, La Ciotat et ses falaises rouges, Sainte-Maxime et Saint-Raphaël, à chaque fois, Broders trouve l'angle qui définit la ville. Pour Cassis, ce sont les pinèdes au-dessus du cap. Pour Bandol, c'est la perspective entre les voiliers et les villas roses du quai.
Cette manière de définir une ville par un seul cadrage, on la retrouve aujourd'hui dans toutes les affiches Côte d'Azur qui suivent l'esthétique PLM. C'est devenu un langage visuel partagé.
Les Alpes, son terrain de jeu vertical
Broders a aussi beaucoup dessiné la montagne. Ses affiches de Chamonix, La Clusaz, Megève ou des Trois Vallées montrent un sport encore élitiste, le ski d'avant-guerre. On y voit des silhouettes longilignes, vêtues de pulls jacquard, descendant des pentes immaculées. La palette change, bleu glacier, blanc, violet d'ombre, rouge de skiage.
La Bretagne, terre d'expérimentation
Moins connues, ses affiches bretonnes pour la Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest sont parmi ses plus inventives. Pour les côtes du Finistère ou les pardons de Plougastel, il abandonne parfois la couleur saturée méditerranéenne pour des camaïeux de gris et de bleu profond.
Pourquoi Roger Broders nous fascine encore aujourd'hui
Près de cent ans après ses premières affiches PLM, Roger Broders est plus reproduit que jamais. Ses originaux se vendent en salle des ventes entre 5 000 et 25 000 euros pièce.
D'abord, sa palette est intemporelle. Le terracotta, l'ocre, le bleu profond et le crème ne se démodent pas. Ce sont des couleurs qui dialoguent avec presque tous les intérieurs.
Ensuite, sa stylisation reste lisible. Là où les affiches photo des années 1980 sont datées par leur résolution et leurs couleurs criardes, les illustrations Broders gardent leur force graphique.
Enfin, ses sujets parlent encore. Cassis, Bandol, La Ciotat, Marseille existent toujours. Les calanques sont toujours blanches. Une affiche Broders est une promesse de continuité.