Les affiches qui ont fait l'histoire
Étoile du Nord (1927)
Pour les Chemins de fer du Nord. Composition d'une simplicité absolue, des rails qui convergent vers une étoile bleue stylisée, sur fond de ciel gradué bleu-gris. Pas de personnage, pas de paysage, juste le mouvement vers le ciel étoilé. C'est l'affiche qui définit le minimalisme moderne. Un siècle après, elle continue d'inspirer tous les studios graphiques du monde.
Normandie (1935)
Pour la Compagnie générale transatlantique. Le paquebot Normandie vu de face, monumental, occupant toute la verticale de l'affiche. Les cheminées rouges contrastent avec la coque noire et la mer bleue. Considérée comme la plus belle affiche maritime du XXe siècle. Vendue aujourd'hui en salle des ventes entre 30 000 et 80 000 euros pour les originaux.
Wagons-Lits (1934)
Pour la Compagnie internationale des Wagons-Lits. Vue intérieure cubiste d'un train de nuit. Cassandre simplifie tellement la perspective qu'on croit voir un Mondrian. Et pourtant on identifie immédiatement le wagon, la couchette, le passager. C'est la définition même de l'affiche moderne, dire l'essentiel avec le minimum.
Dubonnet (1932)
Trois affiches en série, Du, Dubo, Dubonnet. À chaque image, le personnage du buveur boit une gorgée de plus, et le mot apparaît progressivement à l'écran. Cassandre invente le narratif graphique séquentiel, ancêtre direct de la publicité animée moderne.
Nicolas (1930)
Affiche pour les vins Nicolas. Personnage Nectar à dix bouteilles, cubiste mais reconnaissable. L'affiche commerciale française a trouvé son langage.
La grammaire Cassandre
Trois principes structurent toute l'œuvre de Cassandre.
Le minimalisme avant l'heure. Cassandre supprime tout ce qui n'est pas indispensable. Là où Mucha multiplie les arabesques et Toulouse-Lautrec accumule les détails, Cassandre épure. Une affiche réussie est celle qu'on peut lire en moins de deux secondes, dit-il.
La géométrie cubiste. Cassandre découpe le monde en plans, en aplats, en formes simples. Il a digéré le cubisme de Picasso et Braque, mais l'applique au commerce, pas à l'art pour l'art. C'est ce qui le distingue de tous ses contemporains.
La typographie comme illustration. Le lettrage chez Cassandre n'est jamais ajouté, il est dessiné en même temps que l'image, dans la même grammaire. Le mot Normandie devient un dessin de paquebot. Le mot Dubonnet boit lui-même.
Pourquoi Cassandre nous influence encore
Cassandre est le pont entre l'affiche du début du siècle (Mucha, Toulouse-Lautrec, Steinlen) et le graphisme contemporain. Sans lui, pas de Bauhaus appliqué à la pub. Pas de minimalisme suisse. Pas d'Apple commercial.
Aujourd'hui, ses originaux se vendent comme des œuvres d'art majeurs. Le Musée des Arts décoratifs à Paris lui consacre régulièrement des rétrospectives. L'École Supérieure des Arts Graphiques porte son nom (l'ESAG Penninghen anciennement ESAG Cassandre).