1922-1932, l'ère Roger Broders
En 1922, la PLM signe un contrat quasi-exclusif avec Roger Broders. Pendant dix ans, il va dessiner une centaine d'affiches qui définissent l'identité PLM moderne. Pour comprendre l'apport spécifique de Broders, voir notre article complet sur Roger Broders, l'illustrateur qui a sublimé la France des années 1920.
Ce qui caractérise l'ère Broders, c'est l'unification de la palette (terracotta, ocre, bleu profond), la simplification des formes (aplats stylisés, géométrie souple), et la présence d'un personnage en plan d'invitation. Le voyageur regarde le paysage, dos à nous, et nous projetons en lui.
Les destinations cardinales de l'ère Broders
La Côte d'Azur méditerranéenne. Cassis, Bandol, La Ciotat, Sainte-Maxime, Saint-Raphaël, Antibes, Monaco, Menton. Plus de 30 affiches dédiées entre 1925 et 1932. C'est le territoire phare de Broders et celui qui a le plus marqué l'imaginaire collectif.
Les Alpes hivernales. Chamonix, La Clusaz, Megève, Saint-Gervais. Une vingtaine d'affiches qui démocratisent le ski d'avant-guerre. Personnages longilignes en pulls jacquard, glaciers stylisés, lumière violet glacier.
La Provence et la Camargue. Avignon, Aix, les Baux, Arles, les Saintes-Maries-de-la-Mer. Une dizaine d'affiches qui mettent en scène la Provence touristique des années 1920, avant le tourisme de masse.
1925-1938, l'autre école PLM (Roger de Valerio, Pierre Commarmond, Albert Brenet)
Roger de Valerio, l'élégant
Pendant que Broders signe ses affiches Côte d'Azur, Roger de Valerio (1886-1951) signe pour la PLM des affiches plus mondaines, sportives, marines. Son style est plus réaliste, ses personnages plus fins. Il signe des affiches pour les courses hippiques de Cannes, les régates de Monaco, les casinos de la Côte d'Azur.
Pierre Commarmond, le savoyard
Pierre Commarmond (1897-1983) signe surtout des affiches alpines pour la PLM (Megève, Chamonix, La Clusaz). Sa palette est plus franche, ses personnages plus dynamiques que ceux de Broders. Il représente l'autre versant de l'affiche alpine PLM.
Albert Brenet, le marin
Albert Brenet (1903-2005) signe la dernière génération d'affiches PLM avant la fusion avec la SNCF en 1938. Spécialiste des affiches maritimes (paquebots, croisières méditerranéennes pour la Compagnie Paquet liée à la PLM), son style annonce déjà l'après-guerre.
1938, la fin de la PLM et la naissance de la SNCF
Le 1er janvier 1938, les cinq grandes compagnies privées françaises (PLM, Nord, Est, État, Paris-Orléans) sont nationalisées et fusionnent en SNCF. La PLM disparaît administrativement, mais ses affiches continuent d'être imprimées encore quelques années par habitude.
La SNCF nouvelle hérite des centaines de planches lithographiques PLM, qu'elle utilise jusque dans les années 1950. Beaucoup d'affiches dites PLM dans les boutiques touristiques d'aujourd'hui sont en fait des réimpressions SNCF tardives, ce qui explique leur date floue.
Pourquoi la grammaire PLM domine encore l'affiche vintage
Près d'un siècle après la disparition de la compagnie, la grammaire PLM continue de structurer tout ce qu'on appelle aujourd'hui l'affiche vintage française.
L'aplat de couleur. Hérité de la lithographie commerciale, l'aplat reste la signature visuelle de l'affiche vintage. Pas de dégradés photographiques, pas de textures complexes, juste de larges zones de couleur saturée.
La palette terre cuite et bleu de nuit. La palette PLM (terracotta, ocre, bleu profond, vert d'olivier, crème) reste la plus dupliquée. Vous la retrouvez sur les couvertures de magazines déco, les packagings de produits artisanaux, les vitrines de boutiques touristiques.
Le personnage en plan d'invitation. La technique consistant à montrer un personnage de dos regardant le paysage reste utilisée massivement par les illustrateurs contemporains qui s'inscrivent dans la lignée Broders.